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Pour François Hollande

Pour François Hollande

Chibli Mallat, 6 Dec, 2016

(PDF version) François Hollande s'en va. Dans un monde déserté d'hommes et de femmes d'État, il restait avec Angela Merkel un dirigeant qui rassure.

À sa déclaration le 1er décembre renonçant à se présenter à un second mandat, les cyniques hausseront les épaules, convaincus que de toute manière sa popularité était si basse qu'il n'avait aucune chance. Mais voyez Nicolas Sarkozy, il n'a pas hésité à se représenter. On peut même mesurer la supériorité de François Hollande à l'icône de la gauche française de la seconde moitié du XXe siècle, François Mitterrand. Mitterrand, faux socialiste et faux démocrate, pour qui seul comptait son fauteuil à l'Élysée, condamnait à grands cris les longs septennats répétitifs comme un « coup d'État permanent ». Il s'est accroché au pouvoir pendant quatorze ans. Hollande a servi, il a échoué, il s'en va. Honneur au démocrate.

En écoutant les dix minutes de son chant de cygne le jeudi soir, on ne peut qu'être attristé par la nature ingrate de la politique. Ses cinq années à la tête de la France étaient parmi les plus difficiles dans le cours historique d'un grand pays pris en tenaille par une démographie chancelante et la montée des extrêmes dans le monde : extrêmes religieux, notamment islamique, et extrêmes de la réaction trumpiste, et ses avatars xénophobes et racistes dans le monde.

Avec un peu moins de soixante-cinq millions d'habitants, 22e d'une liste où l'Égypte, l'Iran et l'Allemagne la dépassent, les statistiques ne sont pas favorables à la France, qui est vouée à batailler pour rester dans le peloton des locomotives du monde. Si elle reste 6e par son PNB, l'Allemagne la dépasse dans ce registre de moitié. Or Paris demeure, pour des millions de personnes que François Hollande a sauvées ces dernières cinq années d'une menace immédiate, la capitale politique phare dans le registre humanitaire. Le Mali, la République centrafricaine, l'Irak et, dans une certaine mesure, le Liban doivent à la France sous Hollande à éviter d' être complètement écrasés sous l'infâme, dans un monde où l'Occident démocratique leur a résolument tourné le dos. Dans l'effroi immense de l'enfer syrien, François Hollande a été le dirigeant qui a montré le plus de consistance, le plus de courage et le plus de détermination face à une coalition brutale de dictateurs voulant sauver leur reflet du miroir au pouvoir à Damas. Le cynisme de Barack Obama était trop fort. Le martyre d'Alep détermine déjà le registre du respect dans l'histoire du XXIe siècle : Hollande s'y retrouve très seul.

 

Pour son rôle peu connu en Irak, ce témoignage personnel : au faîte de sa gloire durant l' été 2014, la monstrueuse réplique d'un soi-disant califat islamique se trouvait aux portes de Bagdad. Dans la première semaine d'août, la panique s'est installée dans l'ensemble de l'Irak, surtout au Kurdistan où se sont réfugiés les milliers de yézidis fuyant les massacres des vieux et l'asservissement des femmes, et abandonnant en masse les lieux où ils avaient vécu des centaines d'années. C'était un moment charnière de l'histoire moderne, et ceux qui réincarnaient Houlagou, quatrième fils de Gengis Khan, étaient parvenus à dix kilomètres d'Irbil, capitale des Kurdes désemparés par l'échec des peshmergas à ralentir l'expansion du califat. Avec Ahmad Chalabi à Bagdad, qui s'entretenait plusieurs fois par jour avec le président kurde Masoud Barzani, nous vivions la montée du désarroi du leadership irakien heure par heure.

Que faire ? Avec un président américain qui méprise le Moyen-Orient, et l'Irak en particulier, Irbil était perdu. Le seul leader dans le monde qui était capable de répondre à l'appel, comme il l'avait fait au Mali, et qui était toujours prêt à le faire en Syrie était François Hollande. Ahmad Chalabi, qui depuis la protection du régime de Saddam Hussein par Jacques Chirac était la bête noire d'une certaine France, a appelé l'ambassade à Bagdad. En un coup de fil, le fossé entre le chiisme arabe en Irak et l'Élysée était comblé. Le lendemain, le 5 août je crois, grâce au courage et à la détermination du président français, épaulé par son ministre des Affaires étrangères, le rapport des forces a basculé. La résistance internationale s'organisait derrière la France, aidée dans ce cas par un Obama à la traîne enfin réveillé par les décapitations de citoyens américains dans le désert syro-irakien.

Le 1er décembre 2016, alors même qu'il annonçait son départ de la scène présidentielle, François Hollande a appelé au « sursaut ». Puisse-t-il aider à l'organiser, en France et ailleurs. Le monde en a besoin.

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