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Le fil directeur

Le fil directeur

Chibli Mallat, 11 Avril 2017

(PDF version) Le gouvernement américain n'a pas de politique syrienne. Il navigue à vue. Le 30 mars, représentant la position américaine également avancée par le secrétaire d'État Rex Tillerson, l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley déclarait que « notre priorité n'est plus de... se concentrer sur l'éviction d'Assad ». La même ambassadrice déclarait le 8 avril 2017 : « Nous ne voyons pas de paix en Syrie avec Assad. » En une semaine, changement de cap sur 180 degrés par deux fois. La première contre la politique officielle de Barack Obama, maintenue formellement depuis 2011, sur la nécessité du départ du dictateur syrien. La seconde contre sa propre position qui n'en faisait plus une priorité une semaine auparavant.

La seule caractéristique prévisible de la politique américaine sous Donald Trump est son imprévisibilité. Clairement ému par les images des enfants gazés de Khan Cheikhoun, il a lancé ses missiles sur la base aérienne de Chayrat, tout en informant les Russes, qui ont informé les Syriens, qui ont évacué la base. Comme les frappes de Bill Clinton contre Saddam Hussein dans la dernière décennie du XXe siècle, le premier choc se fera graduellement oublier. Comme dans le cas de Saddam, il est fort probable que les frappes arrêteront la tuerie au gaz, ce qui est une bonne chose – les deux dirigeants du Baas syrien et irakien ont en commun le triste apanage historique d'utiliser les gaz toxiques contre leur population. Elles n'arrêteront pas la tuerie au quotidien, qui se prolongera longtemps encore.

Dans le Grand Jeu du XXIe siècle qu'est devenu le théâtre syrien, esquissé par Joseph Bahout dans une série de questions difficiles dans une publication de Carnegie, il est facile de perdre le fil. La solution restera là, fixe et obstinée jusqu'à son départ: le sort du président syrien et la relève. Dans un monde idéal, il serait jugé par un tribunal international comprenant des juges syriens et remplacé par un gouvernement démocratique qui respecte les droits de la personne et l'alternance au pouvoir.

Dans le théâtre d'un Grand Jeu qu'est devenue la Syrie, cette solution fait sourire. D'abord parce qu'il n'est pas question pour le dictateur syrien et ses défenseurs russe et iranien de quitter le pouvoir. S'il était prêt à le faire, il ne serait pas un dictateur. Si, en juin 2000, il ne s'était pas imposé à la succession de son père, si, en 2001 il n'avait pas étouffé l'ouverture qu'il avait lui-même prônée, si, en 2005, il n'avait pas fait assassiner notre Premier ministre qui s'était opposé à la prorogation de son protégé libanais à la présidence, si, depuis 2006, il ne s'était pas opposé à toute justice et n'avait pas perpétué les assassinats et les bombes au Liban et en Irak, si, en 2007 et en 2014, il n'avait pas refusé de s'autorenouveler par 99 pour cent des voix, il n'y aurait pas eu lieu de révolution en Syrie, ni de guerre civile. Beaucoup de « si » mais une constante.

Bien sûr, les grandes puissances prises au Grand Jeu ne réfléchissent pas en termes de dictature et de démocratie. Et pourtant, comme au XVIIIe siècle, au XIXe siècle, au XXe siècle, les crises d'Orient ne se résoudront pas sans son passage à la démocratie et au respect des droits de la personne.

Henry Laurens, dans un ouvrage encyclopédique récemment paru sous ce titre, nous en rappelle l'agencement obstiné. Le despotisme oriental, le despotisme de l'Orient comme le despotisme projeté sur l'Orient par l'Occident, ne crée que la misère et les guerres. Si le problème est la dictature et que la solution est la démocratie, la voie tracée pour la fin de cette histoire en crise permanente apparaît en fil directeur. 

Nous continuerons à lutter, siècle après siècle en Orient, pour en finir avec le despotisme. L'Orient compliqué l'est par son rejet de l'humanisme contre sa meilleure nature. Sans ce fil directeur, le massacre de Khan Cheikhoun restera un détail supplémentaire de l'histoire, que la prochaine tuerie reléguera en note de bas de page dans la longue liste de crimes contre l'humanité. Sans ce fil directeur, nous continuerons tous à naviguer à vue.

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