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La malédiction des non-choix

La malédiction des non-choix

Chibli Mallat, 26 Juillet 2016
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Nous sommes de plus en plus confrontés à des alternatives toutes deux mauvaises, des choix qui n'en sont pas, des non-choix. Dans l'espace mondial, en République états-unienne, le choix est entre le fascisme de Donald Trump et le népotisme de Hillary Clinton, en Grande-Bretagne entre un Brexit suicidaire et une Union européenne malade, en Turquie entre un paranoïaque qui se prend pour un sultan ottoman et un coup d'État de militaires putschistes d'un siècle révolu, en Syrie entre un monstre au pouvoir et un monstre qui se prend pour un calife. La malédiction des non-choix est un phénomène devenu mondial. Au Liban, nous paraissons coincés dans un non-choix présidentiel sous le titre d'un ancien militaire obsédé de Baabda ou le chaos.
La vie publique, il est vrai, est une suite de compromis. Kamal Joumblatt avait mis le doigt sur cet aspect inévitable. Il faisait la différence entre « le compromis » et « la compromission » (en français dans le texte), sans répondre de manière convaincante à ce qui permettait au compromis de tomber dans la compromission. Et ainsi, nous continuerons sur notre lancée de non-choix, et nous savons qu'une fois compromis en compromission, nous nous retrouverons un degré plus bas sur la route des mauvaises nouvelles, et toujours un peu plus éloignés des bonnes.

Comme Ziyad Makhoul dans l'éditorial d'hier (L'Orient-Le Jour du 25 juillet), je refuse le « masochisme collectif... et le syndrome de Stockholm pandémique ». Lorsque Kamal Joumblatt avait fait le point sur 25 ans de la vie du Parti socialiste progressiste pour expliquer comment on pouvait éviter la compromission, sa réponse n'était pas décisive, mais il nous invitait à réfléchir sur ce qui lui paraissait être la voie la plus utile à défaut d'une « révolution violente ou non violente » : la construction par son parti d'initiatives à tous les niveaux, y compris par « l'action directe ». Le texte a des côtés touchant de boy-scout. Mais à voir les belles forêts du Chouf sauvées de la désertification et du béton, on se sent moins cynique. Petites initiatives germant en une écologie d'avenir, la bataille est celle de tous les jours, il suffit de voir la montagne éventrée à Aïn Dara pour se rendre compte de ce que présente la compromission avec les chevaliers de l'industrie libanaise, et le courage des résistants, y compris notre ami Antoine Haddad. Dans ce texte également, Joumblatt parle de l'ennui qui vient avec la politique, et compare le chef d'un parti à un bon cuisinier, qui doit présenter des plats différents tous les jours, alors qu'il n'a que les mêmes ingrédients pour le faire.
Ainsi, pour sortir de la malédiction des non-choix et des glissements quotidiens de compromis en compromission, les deux réponses offertes dans ce texte de 1974 restent valables dans leurs grands traits : la multiplication des initiatives et la créativité dans l'usage des ingrédients.
À chaque tournant, il faut refaire le travail de l'initiative et de la créativité. À rester coincer entre des non-choix, tellement les choix offerts nous sont répugnants, on ne gagne qu'en désespoir et en une compromission toujours plus amère. Il faudra donc que les Américains se posent la question de ce qui les a coincés dans Clinton-Trump, après les avoir coincés dans le non-choix Hillary Clinton-Jeb Bush, et redécouvrent les valeurs fondamentales du républicanisme contre l'aristocratie des familles régnantes. En Grande-Bretagne, pour éviter qu'elle ne devienne une petite Bretagne sans Écosse et sans Irlande, il faudra que les Anglais se posent la question de leurs coups de frein répétitifs à l'Europe en construction, du refus de Schengen au refus de l'euro. En Turquie, la société opprimée devra se mobiliser à nouveau contre Erdogan, ce n'est pas difficile en théorie, même si c'est compliqué en pratique. Et en Syrie, il faudrait que l'opposition commence à réfléchir en termes d'après-Obama.
Pour le Liban, nous avons déjà vu un début de mobilisation remarquable lors de la crise des poubelles, ensuite avec Beyrouth Madinati. Voilà déjà un élément de réponse au non-choix présidentiel qu'on essaie de nous imposer, ainsi qu'aux législatives avant l'été prochain. La malédiction des non-choix n'est pas écrite en pierre.

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