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L’imprévisible

L’imprévisible 

Chibli Mallat, 17 Jan 17

(PDF version) Nous avons beau savoir, comme le personnage de Macbeth, la difficulté de « lire dans les graines du temps », nous essayons quand même. Il est sinon impossible de vivre. Comment ne pas régler sa vie sur une anticipation de notre vie de demain ? Après tout, nous anticipons même notre disparition, et nous nous organisons en conséquence. Les juristes tentent de mieux faire, ils appellent cela la règle de droit, qui organise l'avenir politique d'une société. La règle de droit appelle à son respect pour permettre un ordre minimal dans la vie. C'est un truisme qu'il est bon de faire revivre en début d'année, car la règle de droit est aussi une règle de survie économique de la société. Les Allemands appellent cela Rechtsicherheit, la sécurité du droit. Sa Némésis, l'Imprévisible, détruit le tissu social. Or voilà, jamais de mémoire du siècle, le monde n'est devenu tellement imprévisible. Cela a trait principalement à la nouvelle présidence américaine, culmination d'événements imprévisibles tout au long de 2016, dont le Brexit. Le personnage Trump est impossible à prévoir, et l'inquiétude va de son contrôle de l'arsenal nucléaire à ses invectives par tweet contre Meryl Streep. Le dirigeant de l'exécutif américain qui s'amuse à répondre désagréablement à une star de Hollywood, qui aurait pu prévoir que la présidence américaine puisse tomber si bas ?

C'est la fin temporaire de la politique telle que l'humanité l'a connue. La politique est une chose sérieuse, rappelait l'autre jour Paul Kahn, philosophe et juriste américain. Des millions de personnes meurent pour des causes politiques. Or voici un homme, à la tête du monde, qui ne permet pas, tellement il est imprévisible, de prendre la politique au sérieux. Car nous allons, dans les mois et les années à venir, nous réveiller tous les jours sur une saute d'humeur exprimée en 140 signes ou moins, sur la Corée du Nord, l'Iran, la Chine, l'Europe, Israël, dans le ton lapidaire, imprévisible – fou ! ? –, émanant du leader de la plus grande puissance mondiale. Fou est un bien grand mot, un mot grave, qui rappelle Caligula. L'historien romain Suétone rapporte qu'à « la veille des jeux du cirque, l'empereur romain ordonnait à des soldats d'imposer le silence à tout le voisinage pour que rien ne troublât le repos de son cheval Incitatus. Il lui fit faire une écurie de marbre, une crèche d'ivoire, des housses de pourpre et des licous garnis de pierres précieuses. Il lui donna un palais, des esclaves et un mobilier, afin que les personnes invitées en son nom fussent reçues plus que magnifiquement. On dit même qu'il voulait le faire consul ».
Caligula, Trump, la ligne entre imprévisibilité et folie à la tête du pouvoir est ténue. La nomination par Donald Trump de son beau-fils comme « haut conseiller » à la Maison-Blanche n'est pas du même ordre que la nomination d'un cheval au poste de consul. Mais le monde en est mis mal à l'aise, malgré les précédents américains qui ont contrevenu à la loi contre le népotisme, notamment le rôle attribué par Bill Clinton à sa femme au début de son mandat. Nous en savons quelque chose au Liban, depuis Wasa Bacha et son beau-fils Kupelian, qui l'a voué, à l'instar de Caligula et d'Incitatus, aux gémonies de l'histoire. Nous continuons d'en vivre le quotidien dans le(s) beau(x)-fils du président libanais. Dans le népotisme qui caractérise un pays qui se prétend républicain, le bât blesse, mais l'Amérique ressemble de plus en plus à l'arbitraire, la folie politique des gouvernants du Moyen-Orient. Ce qui aurait dû faire scandale au Liban devient tout relatif à l'aune de l'imprévisibilité à la tête de l'État en Amérique. Caligula-Trump et leurs succédanés, c'est la fin de la politique sérieuse, et nous sommes sommés de naviguer à vue pour tenter de réduire l'impact de l'imprévisible. Pour revenir à Macbeth, jamais l'être humain ne pourra lire l'avenir dans les graines du temps présent, mais 2017 dépasse le défi du politique à l'anticipation raisonnable de mémoire humaine depuis la Seconde Guerre mondiale.
Retrait de la règle de droit, de la sécurité du quotidien, arbitraire et népotisme. L'année de tous les dangers. Nous rentrons en 2017 dans les affres de l'imprévisible.

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