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Alt Macron


Chibli Mallat, 20 Juin 2017, (PDF version)

La recherche toujours renouvelée de la cité idéale se poursuit en Alt – pour alternative. La victoire d'Emmanuel Macron à la présidentielle et aux législatives confirme la fin historique, en France, de la fracture droite-gauche qui était née avec la Révolution française. C'est dire son importance, mais aussi sa fragilité. L'Alt Macron est une nébuleuse sans histoire.

Le 10 mai 1981, le candidat de la gauche unie, François Mitterrand, gagnait l'élection présidentielle, offrant une alternative historique à Valéry Giscard d'Estaing ancrée dans « le peuple de gauche ». Depuis l'arrivée de Salvador Allende au pouvoir en 1970 au Chili et le coup d'État sanguinaire de Pinochet en 1973, c'était la première fois dans l'Occident démocratique que de « vrais » socialistes tenaient les rênes du pouvoir sans que les libertés fondamentales ne soient sacrifiées.

En 1981, l'autre socialisme, de type léniniste, c'est-à-dire celui d'un groupe d'avant-gardistes possédant la vérité sur comment mettre fin à l'injustice en société en s'accaparant ses ressources économiques et l'ensemble des rouages de l'État, avait encore ses supporters contre le capitalisme sauvage en provenance des États-Unis. Mais il était déjà sur une défensive intenable. Que la critique soit ancrée dans les évidences du goulag soviétique ou les champs de la mort au Cambodge, les bandes dessinées de Gérard Lauzier suffisaient à en dénoncer la monstruosité. Les planches imaginées de Lauzier montraient à vif des caricatures de Georges Marchais et de Léonid Brejnev. L'une dessinait le cauchemar du dernier secrétaire important du PCF confronté à l'arrivée d'un « jeune loup dynamique » qui voulait changer l'image du parti par la « pub » ; une autre présentait Brejnev avec le président marxiste-léniniste d'un État africain prônant la dictature du prolétariat, le Bouganda, et tombant d'accord sur le seul résultat tangible de leur rencontre : que leur traducteur bougandais était un traître révisionniste à envoyer derechef au goulag.

Et puis l'alternative du socialisme à la française a fait long feu. D'une part, il y a eu le personnage Mitterrand lui-même, resté quatorze ans au pouvoir, une période marquée par ses manœuvres constantes pour tout décider seul, alors que son parti se délitait par le sacrifice successif de Premiers ministres brillants. Au-delà du caractère manipulateur et destructeur de François Mitterrand, le problème de fond était La nationalisation des chrysanthèmes : c'est le titre d'un ouvrage critique de Robert Fossaert, lui-même directeur d'une banque nationalisée en 1982, sur l'étatisation du secteur financier en France, sans lui donner les moyens de relancer l'économie, par le premier gouvernement de Mitterrand.

L'échec de cette expérience était sans doute inévitable, la globalisation étant déjà tellement avancée qu'un État ne pouvait se permettre de faire cavalier seul contre « le consensus de Washington », un triangle FMI/Banque mondiale/gouvernement américain, qui détermine jusqu'à aujourd'hui les grands axes de la politique économique mondiale. Après la France, toutes les expériences de l'alternative socialiste ont échoué, jusqu'à la Bolivie d'Evo Morales et du Venezuela d'Hugo Chavez. Les socialistes grecs en ont vécu une expérience dramatique comprimée en essayant vainement de contrer le régime fiscal imposé par Angela Merkel. Le pays est exsangue et l'économie en ruine.

Le capitalisme est un état de fait. Le socialisme est une hypostase de doctrine. La bataille est inégale et l'utopie casse devant le têtu des faits.
Conséquence : le monde se retrouve à la recherche d'alternatives de mode différent. L'une est l'Alt droite, que la scène américaine représente avec la mouvance
Trump. Son problème est l'exclusion qu'elle prône et l'autoritarisme qui en découle. La dimension démocratique chère au capitalisme classique y est en danger. L'autre mode Alt se cherche dans une gauche indéfinissable, où les dérives violentes d'un gouvernement comme celui de Nicolas Maduro au Venezuela représentent un danger tout aussi réel pour la démocratie.

C'est dans ce contexte qu'il faut percevoir le phénomène Macron. C'est une Alt encore indéfinie, qui se positionne contre gauche et droite. Mais après ? Manquant de profondeur historique et de densité politique, elle naviguera longtemps à vue. Il ne suffit pas d'apprécier Paul Ricœur pour se constituer une colonne vertébrale solide que la gauche et la droite se sont construite pendant plus de deux siècles.
Alt Macron n'est pas une philosophie politique sérieuse, et il y aura toujours un Alt à Alt. Au moins ne pressent-on pas dans l'Alt Macron un danger pour la démocratie.

 

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