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Acidités

 Acidités

Chibli Mallat, 28 Fev 2017

(PDF version) Comme pour l'autre à Washington dont on n'aime pas trop dire le nom, et qui nous épuise tous les jours par une nouvelle provocation contre le bon sens et à la décence, nous avons eu droit à notre provocation hebdomadaire la semaine dernière contre ce qu'il y a de moins exportable en France. Et au sujet de quoi? Le « test acide » d'un quotidien presque universel : voile, écharpe, foulard, et leurs succédanés.

Le test est acide, parce que la question est ridicule. « Test acide » est une expression un peu floue, utilisée la première fois dans une conférence de droit constitutionnel comparé à l'université de Duke en 2004. Il s'agissait de tracer quelques traits d'avenir sur des sujets très polémiques, d'où le mot « test ». L'émotion tend à étouffer l'approche rationnelle, d'où le mot « acide ». Test acide évoque une brûlure, comme lorsque Jean Rivero disait, « dès qu'on parle de laïcité, ça sent le soufre ». En 2004, l'acidité concernait la place de la religion dans la Constitution, à l'orée d'un siècle qui s'annonçait si religieux. Avec le voile, c'est une acidité plus intense qui fait partie de la même problématique. Le voile est le parangon du test acide, un sujet corrosif et émotif sans fin, comme le sexe des anges toujours au bord du ridicule.

Il nous est enfin arrivé au Liban. Même une horloge fausse indique l'heure exacte deux fois par jour, que ce soit pour imposer des zones libres de violence en Syrie permettant le retour des réfugiés, ou le refus pour une femme de porter un voile. Je suis d'accord sur les positions respectives des deux horloges outre-atlantique et transméditerranéenne, même si par ailleurs ces horloges sont tellement fausses qu'on n'aime pas trop parler des autres durant les vingt-quatre heures de la journée.

Thèse simple, le droit de s'habiller comme on veut, mais l'acidité n'en est pas épuisée, cf. les milliers de pages là-dessus dans notre siècle religieux. Nous avons tout entendu, dans un sens et dans l'autre ces quelques jours : mais pourquoi les femmes ne se voileraient-elles pas chez le mufti, lorsqu'elles se voilent chez le pape ? Pourquoi le mufti l'a-t-il invitée ? Pourquoi la dame ne s'est-elle pas renseignée avant ? Pourquoi devrait-il faire exception pour une Française alors qu'une citoyenne libanaise n'aurait pas été reçue sans voile ? Dans quel objectif politicard de mauvais aloi cette visite avait-elle été montée ? Pourquoi oblige-t-on une femme et pas un homme à porter ce machin ? Pourquoi donner tant d'importance à ce sujet-bateau éculé ? Mille bonnes questions, sans compter les à-côtés, du genre : et si le foulard était en couleur, et s'il couvrait juste quelques cheveux rebelles ? Et si c'était une burka ? Et si la rencontre était au Sérail, au Lycée de jeunes filles, à la garderie Baby-Loup, aux Makassed ? Et si une femme en France visitait l'Élysée seins nus ? Et la minijupe alors ? Et la barbe, la cravate, la boucle d'oreilles pour les hommes? On peut s'amuser de ces tests acides à l'infini, avec une passion inépuisable. On n'en ôte pas le ridicule. Si une femme rend visite au patriarche maronite et qu'il l'oblige à porter le voile, ou encore à ne pas porter de voile, le patriarche serait bien excessif. Et lorsque le politburo gouvernemental féminin de la Suède a déambulé en écharpe devant le président iranien le 11 février, bien de Suédois y ont réagi comme dans une « marche de la honte ». Je suis d'accord avec eux. Non au voile obligé pour rencontrer quiconque, y compris Saint-Pierre.

Simplifions. Même position à Beyrouth qu'à Téhéran ou à Paris. La thèse est simple : nul ne peut obliger une femme à porter le voile. Il me semble que la question ne s'était jamais posée dans notre pays, que la thèse simple et une réponse qui découle de principes universels de bon sens. Au Liban, nous avons lentement appris que le bon sens est un compromis et où la plage individuelle de la liberté vestimentaire ne vaut pas une guerre civile.
Thèse simple, en vertu du rasoir d'Occam, pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Nul ne peut obliger une femme à porter un voile, comme nul ne peut l'obliger à ne pas en porter.

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