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2017 : la grande bataille entre le Tweet et le Livre

  2017 : la grande bataille entre le Tweet et le Livre

Chibli Mallat, 31 Dec 2016

(PDF version) Dans un monde en désarroi, nous cherchons tous des valeurs sûres. D'aucuns les découvrent dans un renouveau de foi, d'autres dans un repli familial. Chacun trouve son compte là où sa valeur sûre le porte. Une valeur sûre dans le registre de la vie quotidienne pour accueillir la nouvelle année, c'est le Livre. Dans un pays où la Bible est associée à une bourgade phénicienne attachante, l'argument n'est pas neuf. 

Un des plus beaux vers de la poésie arabe vient de notre grand Mutanabbi, mort en 965. Dans son mépris réprimé de son hôte Kafour, il se réfugie dans deux valeurs sûres, le voyage, «a'azzu makanin fil-duna sarju sabihin», et le Livre : «wa khayru jalisin fil-anami kitabu.» « Le lieu du monde le plus cher est la selle d'un cheval allant, le meilleur compagnon parmi les hommes est le livre. »

Un bel hémistiche pour 2017, wa khayru jalisin fil-anami kitabu. Car nous sommes assaillis par les sollicitations de tout genre, qui mettent en danger le discours commun. Le Livre est un remède à l'assaut médiatique. Assaut d'abord dans leur variété : les Libanais qui lisent le Nahar ne lisent en général pas le Akhbar. Les Américains qui regardent Fox news ne sont pas intéressés par ce que dit PBS. C'est un vieux problème, qui s'est aggravé ces dernières années avec la prolifération des médias de type Twitter ou Facebook. Les « amis » qu'on y trouve ou retrouve sont ceux dont on partage la vision du monde. On n'écoute plus l'autre.

Les nouveaux médias augmentent la cacophonie. Ils sont polyvalents, certes. On peut s'épancher sur Facebook, ou s'exprimer par un tweet de 140 signes. Désormais, une des grandes inconnues de la politique mondiale a trait à l'utilisation du Tweet par le 45e président américain. Ce n'est pas là une exagération. Donald Trump n'a pas encore pris ses fonctions que le monde est ébranlé par les occasions étranges que clairsèment ses humeurs sur Tweet. Tweet crise avec la Chine. Tweet agacement contre Vanity Fair. Tweet contre l'accueil fait à son vice-président par une troupe théâtrale. Et M. Trump n'est pas encore président en fonction. Si le tweet persiste comme le média privilégié du président américain lorsqu'il prendra les rênes du pouvoir le 20 janvier, le désarroi mondial va s'aggraver. Le média étant le message, et le média étant par nature sans nuance, la politique mondiale va se retrouver régie par les humeurs passagères de M. Trump sur Tweet.
C'est un problème sans précédent. On peut imaginer l'excès destructeur de la paix quotidienne par une politique faite principalement de Tweets trumpiens.

Comment l'anticiper, comment y répondre par une valeur sûre ? Comme pour la télévision, la réponse doit être heuristique. Il faut vivre avec les nouveaux médias. Les combattre est vain. Une résolution de l'année à venir qui se protège de leur tyrannie vient d'une discipline personnelle qui passe par une limitation du budget-temps Tweet et consœurs, et de l'utilisation efficace de ces nouveaux modes de communication. Raisonner son budget quotidien ou hebdomadaire ne requiert pas de fermer son compte Tweet ou son compte Facebook, mais peut-être d'avertir ses « amis » que l'attention n'est plus constante, et de n'y être plus disponible, activement ou passivement, 24h sur 24.

L'effet de ce genre de discipline personnelle sur les tweets intempestifs de Donald Trump est limité, mais au moins peut-on s'en protéger un peu en ne réagissant pas au quart de tour tel qu'il le fait, et tel qu'il l'impose à la planète. Le temps est une valeur sûre lorsqu'y est associée une certaine qualité. Car il s'agit bien de qualité de la vie quotidienne contre ce type de matraquage soudain, répété à l'envie.

Contre la tyrannie de Tweet et l'impact délétère sur la qualité de vie des médias anciens comme la télé, et nouveaux comme Instagram ou Facebook, une solution plus radicale est le Livre. Question à se poser régulièrement, quel est le dernier livre lu, si ce n'est le dernier livre écrit ?
Nous n'avons pas tous le loisir ou l'envie d'écrire un livre, mais nous ne pouvons nous permettre de ne pas en lire. Contre la tyrannie des 140 caractères de Tweet, la sinuosité des dizaines de pages d'un livre répond par une qualité temporelle différente, qui est aussi qualité de vie. Une vie régie par les livres, contre une vie gouvernée par les tweets. Voici un axe de la grande résistance de 2017 par une valeur sûre.

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